coup de projecteur sur l’alimentation
Pour la semaine européenne du développement durable
A l’occasion de l’édition 2026 de la Semaine Européenne du Développement Durable (SEDD), l’alimentation durable est à l’honneur !
D’après le Ministère de la Transition écologique, à ce jour près de 25 % de l’empreinte carbone des Français provient de l’alimentation. Chaque année, près de 10 millions de tonnes de nourriture sont gaspillés en France, et moins de 20 % des Français consomment suffisamment de fruits et légumes.
La filière cinématographique et audiovisuelle n’est pas épargnée par ces chiffres. En moyenne, tous genres confondus, l’alimentation représente environ 11% de l’impact carbone d’une production (Ecoprod, 2025).
A l’heure de l’écoproduction, l’alimentation est une thématique qui porte ses propres enjeux, autant dans la manière dont elle est représentée à l’écran, mais aussi dans la façon dont elle est gérée lors de la production.
Nous avons interrogé 3 professionnels des Hauts-de-France pour nous parler de leur expérience !
La cuisine est intrinsèquement liée à notre culture, à notre patrimoine.
Elle a toujours fasciné les gens et les imaginaires. […] On a toutes ET TOUS en tête un film ou une série qui tourne autour de la gastronomie et qui a marqué nos esprits.
Par ailleurs, filmer le culinaire est un art en soi. La cuisine a sa propre grammaire cinématographique.
Aude Gogny-Goubert
Comédienne, réalisatrice, auteure et metteuse en scène
l’alimentation dans la filière…de quoi parle-t-on ?
La cuisine fait partie intégrante de nos imaginaires collectifs. Certains scénarios accordent une place accrue à des éléments culinaires, qui intégrent notre culture commune. Peut-être avez-vous toujours à l’esprit les spaghettis à la bolognaise de La Vie d’Adèle ou les « Frites » de la famille Tuche.
Ce que nous voyons véhicule un message, qui est pensé en amont lors de la réalisation. La haute gastronomie végétarienne est un défi que la réalisatrice Aude Gogny-Goubert s’est lancée dans le cadre de son unitaire C’est qui le chef ?, diffusé en juin dernier sur France 3, avec la volonté de « montrer sans jamais en faire le sujet, que la haute gastronomie peut exister sans viande ». Au-delà de leur image, les plats que nous voyons à l’écran ont été préparés avec l’objectif de « revisiter les recettes pour allier tradition et modernité » et de « les ancrer dans une démarche locavore (tous les produits devaient être de saison et sourcés à moins de 50km) ».
La cuisine et la restauration, au-delà d’apparaître à l’écran, font aussi partie intégrante de l’économie d’un tournage. Plusieurs départements sont concernés, comme l’explique Amélie Blondeau, coordinatrice d’écoproduction : « la régie, avec la table de régie. Il y a effectivement la cantine qui doit nourrir tout le monde. Et parfois, l’accessoiriste, si jamais il doit mettre en place un décor avec une table ou une scène où les gens mangent ou font la cuisine ».
Pour aider les personnes concernées dans leurs décisions, le référentiel développé par Ecoprod ainsi que l’AFNOR Spec 2308 de la production cinématographique, audiovisuelle et publicitaire responsable proposent plusieurs mesures à mettre en place sur un tournage pour la restauration. Ainsi, l’impact environnemental dû à l’alimentation peut être limité en incluant des repas 100% végétariens au moins une fois par semaine, en pensant une table régie composée de produits en vrac et en circuit court, ou encore, en limitant l’utilisation de produits et contenants à usage unique.
on dit "mauvaise cantine, mauvais tournage"
Privilégier le moins pour le mieux…
Pour agir sur le gaspillage alimentaire, les excédents de déchets et réduire l’empreinte carbone de l’alimentation, certaines pratiques d’écoproduction sont praticables lors du tournage d’une oeuvre audiovisuelle ou cinématographique.
La question du gaspillage alimentaire, par exemple, peut être traitée par des solutions simples, qui nécessitent une organisation préalable différente d’un tournage classique.
Aude Gogny-Goubert l’a d’ailleurs compris, et a veillé à limiter le gaspillage alimentaire lors des prises de vues du film C’est qui le chef ? :
« Nous avons […] mis en place un système sur le plateau nous contraignant à ne pas multiplier les prises et donc les assiettes en nous permettant d’éviter que les plats soient jetés ou impropres à la consommation. L’équipe pouvait ensuite se servir de tout ce qui n’avait pas tourné pour que notre économie de tournage soit circulaire. Et que tout le monde se régale par la même occasion ! »
Amélie Blondeau, quant à elle, nous donne le point de vue de la table régie, sur laquelle elle privilégie les produits en vrac et locaux afin de limiter le suremballage. Pour ce faire, elle se rend au plus près des producteurs, comme à Talents de Ferme à Wambrechies, qui lui permet d’accéder à une vaste offre de produits locaux tels que la « charcuterie, fromage, certains fruits et légumes […] le miel, tout ce qui va être pâté, chips aussi. »
…et Consommer différemment
Limiter l’empreinte carbone de l’alimentation peut également passer par une adaptation des modes de consommation.
Ainsi, la réduction des repas carnés dans les cantines est l’un des leviers privilégiés dans le cadre d’une démarche d’écoproduction. Les repas à base de viande rouge constituent 55% de l’impact carbone des repas servis (Ecoprod, 2025). Eric Ferla, gestionnaire de Clap de Faim, nous explique que sur la plupart des tournage, les plats à base de viande rouge sont limités à « une fois par semaine. »
Et même lorsqu’elle doit apparaître à l’écran, la viande rouge peut être contournée pour limiter le gaspillage. « Si le scénario en fait une nécessité, les accessoiristes sont en mesure de créer avec tout un tas de techniques spectaculaires des fausses viandes, plus vraies que nature et délicieuses au goût. » (Aude Gogny-Goubert, à propos du tournage de C’est qui le chef ? )
Les trois personnes interrogées soulignent unanimement l’importance de travailler en circuit court, avec des produits frais voire « achetés le jour même » (Eric Ferla). L’origine des produits revêt toute son importance : producteurs locaux, maraîchers bio, culture raisonnée, plusieurs solutions sont possibles pour proposer une alimentation saine et avec un impact environnemental limité.
Même si on est juste là pour nourrir les gens, on a un autre petit rôle qui est important, et ça fait partie de la dynamique aussi du tournage, en fait
Eric Ferla
Gestionnaire de Clap de Faim
Cuisiner…en hauts-de-France !
sans les frites, et oui, c’est possible !
« Quand on pense au Nord on pense a priori à des mets épais et réconfortants, mais pas forcément à de la cuisine fine ou raffinée. Or les possibilités et les spécificités de la région sont multiples et passionnantes.« , témoigne Aude Gogny-Goubert, qui a fait appel au chef José Ferreira pour explorer les richesses culinaires du terroir.
C’est aussi grâce à un écosystème riche que les initiatives en faveur d’une alimentation durable sur les tournages sont rendues possibles : du recyclage des déchets alimentaires avec les Alchimistes à la consommation de produits consignés et locaux proposés par Le Fourgon, en passant par le réseau de recycleries et les magasins de produits en vrac comme Day by Day, les Hauts-de-France recèlent de prestataires spécialisés.
Finalement, penser une alimentation durable sur un tournage en Hauts-de-France, c’est possible !
À l’heure où la souveraineté alimentaire est un enjeu majeur, on peut être fiers et inspirés par notre région!
Aude Gogny-Goubert
